Levier de la synergie de groupe et de l’intelligence collective : « l’état clown »

Clown en entreprise
Levier de la synergie de groupe et de l’intelligence collective : « l’état clown »

Un tel titre pourrait sembler provocateur, voir grotesque. Porté par l’image collective véhiculé par le clown, on pourrait s’imaginer des réunions de collaborateurs arborant des nez rouges , un maquillage affable et une perruque flashy, occupés à contorsionner des ballons gonflables longiformes pour leur donner une apparence de caniche ou de girafe.

Bien évidemment, dans cet article, il n’en est rien.

L'état Clown

L’idée de ce texte m’est venue de ma double casquette entrepreneuriale. Je suis en effet facilitatrice en intelligence collective, (je simplifie parfois comme coach d’équipe dans les organisations), et j’organise également des stages en clown, comme vecteur de libération de la créativité et des émotions.


A priori, deux voies qui n’ont pas grand chose en commun.

Cependant, plus j’évolue à travers ces deux corps de métier, plus l’idée qu’un pont entre les deux serait bénéfique, germe en mon esprit.

 

Prendre confiance en son potentiel par le clown

Je suis toujours touchée de voir se développer au fil de la semaine durant mes stages « Libère ton clown ! », une profonde bienveillance entre mes élèves. Malgré la diversité du public attiré par ces stages, la complicité est toujours au rendez-vous et la synergie de groupe prend de l’ampleur au fur et à mesure que les jours de travail avance. Le clown invite en effet les participants à faire tomber les masques, pour dévoiler leur vulnérabilité à l’autre. Au niveau collectif, se crée alors une sensation de pouvoir enfin être soi avec les autres, dévoilant ainsi le caractère unique et singulier de chacun. Ce travail crée de fortes résonances entre les participants, qui voient en chacun des failles dans lesquelles ils peuvent se reconnaître. J’observe qu’il s’agit même de la clef de voute pour aller toujours plus loin dans le lâcher-prise artistique. Lorsque qu’une personne se sent pleinement accueillie dans sa singularité et reçoit des retours positifs du groupe, cela la pousse naturellement à donner de plus en plus, à prendre confiance en son potentiel et ainsi à devenir de plus en plus créative.

A force de faire ces observations constantes, je n’ai pu m’empêcher de faire un parallèle avec les besoins récurrents exprimés par les collaborateurs dans les organisations, lors de nos interventions de facilitation en Intelligence Collective.

Un exemple troublant : lors de l’un de nos déplacements, nous sommes passés par le dessin pour inciter les participants à exprimer la vision qu’ils avaient d’eux-même au sein de leur organisation. L’idée étant de les amener ensuite à exprimer leur ressenti sur les dessins de chacun. Or, nous avons vite constaté que notre demande était particulière. Ils n’avaient pas l’habitude d’être sollicité sur leurs émotions. Pour certains, c’était même un exercice laborieux. Cependant, lors de nos cercles de clôture de fin de journée, nous avons eu la sensation que les participants « lâchaient », soulagés d’avoir pu simplement poser des mots, face à leurs collaborateurs sur la façon dont ils vivaient leur quotidien professionnel et de voir que bons nombres de leurs collègues vivaient des états et questionnements similaires.

La « consensualité molle » VS la communication libérée par l’ « état clown »

La peur d’être jugé, d’entrainer un conflit, ou tout simplement la difficulté de parler de soi devant ses collègues est souvent très forte. Ainsi, beaucoup préfèrent taire une tension plutôt que de risquer de l’exprimer en public. Si cela s’avère extrêmement courant, on observe que les conséquences au long terme de cette passivité entraine un climat de « consensualité molle » qui empêche les équipes de pouvoir revoir leur modes de fonctionnement pour un mieux être personnel et organisationnel. Si ce fil d’Ariane peut se tendre pendant un certain temps sans créer de dégâts majeurs, il y a tout à parier qu’un jour, à force d’accumulation, cela puisse nuire grandement à la qualité de travail du groupe voir tourner au sabotage collectif.

Et si, dans le meilleur des cas, on n’en arrive pas à de tels extrêmes, laisser cette consensualité s’instaurer, c’est s’assurer d’avoir des collaborateurs qui, afin de correspondre aux attentes, donnent le minimum syndical de ce qu’ils ont à offrir. On se prive alors d’une richesse incommensurable pour l’organisation : la diversité de ses membres. La permaculture vise à reproduire la durabilité d’un écosystème en maximisant la richesse de sa diversité.observe que la durabilité d’un écosystème est fonction de la richesse de sa diversité. De plus en plus d’auteurs se penchent sur un parallèle possible entre la permaculture et let ce qu’on appelle la permaculture humaine. Ainsi, les organisations seraient des écosystèmes vivants, dont la diversité des membres seraient également, un gage de stabilité et de durabilité. Cela demande de prendre un peu de recul, car au premier abord on pourrait croire qu’au contraire des salariés conformes et standardisés sont plus facile à manœuvrer. Cependant, si les besoins propres à la nature humaine ne sont pas satisfaits, à savoir, un climat de travail apaisé et sécurisant, des relations humaines harmonieuses, une intention collective forte et enfin un sentiment d’appartenance et de valorisation au sein de l’organisation, il y a fort à parier qu’un jour ces tensions resurgiront.

La conscientisation et la pratique de l’état clown, invite chacun à prendre du recul sur son « moi ». Non pas le mettre de côté ce qui serait à mon sens un leurre mais bien de pouvoir observer la façon dont il nous dirige dans nos comportements plutôt que de le subir purement et simplement. L’état clown permet aussi l’ouverture des champs de résonances entre les émotions et besoins des individus composant le groupe. Ainsi, cette nouvelle forme de communication envers soi et envers les autres ouvre une fenêtre vers le changement de comportement globale en baissant les masques.
On dit souvent que le nez de clown est le plus petit masque du monde, mais qui nous dit que ne pas en mettre du tout nous rendrait plus authentique?

Des espaces « clownesques » dans les entreprises

Créer des espaces « clownesques » dans les organisations peut donc être salvateur pour les collaborateurs, leur permettant ainsi de pouvoir évacuer leurs tensions à travers la créativité spontanée. Afin d’être bien claire, il ne s’agit pas ici de « faire le clown » ou de chercher à faire rire, mais de prendre un temps pour aller se questionner, pour questionner son corps où s’accumule toutes les tensions. « Comment je vais ici et maintenant ? Comment je me ressens dans l’instant ? ». Et, à travers le biais de la scène, de venir l’exprimer au reste du groupe, comme le corps, la voix, les émotions le souhaitent.
Clown en entreprise
Le rôle du public à cet endroit est extrêmement actif. En effet, le reste du groupe doit être engagé dans une démarche de bienveillance pour être attentif et à l’écoute de ce que celui qui passe sur scène crée afin que s’opèrent les résonances. Les problèmes des uns sont souvent miroirs des problèmes des autres. Il s’agit d’un espace ou les choses peuvent être déposées sans risque que cela puisse être prit personnellement puisque le clown parle de lui-même, sans filtres.

L’état clown travaille la présence dans l’instant. C’est pourquoi cette pratique invite les individus à être plus créatifs face à l’imprévu. Travailler le clown rend plus souple, plus résilient et crée plus de solidarité entre les individus. Ainsi, ce travail en groupe peut faire émerger des solutions innovantes, imprévisibles et aux répercussions parfois spectaculaires puisque tout les filtres mentaux habituels, qui ralentissent les processus, volent en éclats.

Enfin, et vous l’aurez compris, le clown invite à plus d’authenticité. J’observe dans mes stages, que cette main tendue à partir à la découverte de soi même est une grande source de soulagement pour les participants. L’authenticité rend notre quotidien plus fluide, donne confiance en soi, rend plus heureux. C’est lorsque ces besoins fondamentaux sont nourris que nous sommes capables de donner le meilleur de nous-même au groupe.

Aline Johnston
Coach en développement relationnel et Théâtre Forum @I&CC
Formatrice Clown @Beauxnezpourpres

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